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Vendredi 14 Décembre 2007

 

 

 

salah aougrout tout sim^lement sublime dans mel watni

 

La solidarité doit faire partie des idées et des valeurs centrales de la plupart des individus.

Le film Mel watni, de la réalisatrice Fatima Belhadj, a été présenté en avant-première, samedi soir à la salle El Mougar (Alger), dans le cadre de la manifestation ‘’Alger, capitale de la culture arabe 2007’’. La projection en avant-première de ce film, s’est déroulée en présencede de la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, de membres du corps diplomatique accrédité à Alger, de cinéastes, d’hommes de l’art et du spectacle, ainsi que de nombreux journalistes. Le film de fiction, d’une durée de 1h40, produit par la société Louna Vision, évoque les rapports humains, la violence mais aussi la générosité et la solidarité, notamment au sein de la famille. La solidarité est un fait social. Comme à tout être de bonne volonté, la solidarité semble plus sympathique, plus humaine, plus positive que son contraire. Mais si tout le monde était d’accord sur ce point, chacun serait solidaire de tous, il n’y aurait ni guerre, ni misère, ni inégalités, ni domination, ni ségrégation, ni violences, ni exclusions. Dans ce long métrage, une pléiade de nouvelles figures du cinéma, aux côtés des acteurs professionnels, tels que Chafia Boudraâ, Amel Himeur, Saliha Kerbache et Nidhal, ont réussi à pénétrer au fin fond de la société algérienne qui a tant enduré. L’histoire relate la souffrance d’une famille qui vit dans un quartier de la Casbah, et constituée principalement de femmes.
Ces dernières exploitent leur maison comme une petite usine de pâtes traditionnelles (couscous, rechta, trida...). pour survivre à la misère de tous les jours. Entre autres, c’est toute la société algérienne, dans le contexte difficile des années 90 qui est passée en revue. Réalisatrice, scénariste et journaliste, Fatima Belhadj a suivi un cursus à l’Ecole nationale d’art dramatique de Bordj El Kiffan (Alger), avant d’intégrer le cinéma dans le film La Citadelle, de Mohamed Chouikh, qui lui a permis d’obtenir le Prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Damas (Syrie).
Elle a ensuite joué dans plusieurs téléfilms dont El Mektoub de Baya Hachemi, tout comme elle a interprété des rôles dans plusieurs pièces de théâtre dont La Maison de Bernarda Alba, mise en scène par Allal El Mouhib, d’après l’oeuvre de Frédérico Garcia Lorca, Wast eddar, une représentation qui tourne autour de la littérature algérienne, mise en scène par Ziani Chérif Ayad. Fatima Belhadj, dont Mel watni est le premier long métrage en tant que réalisatrice, a, par ailleurs, présenté plusieurs émissions culturelles pour la Radio nationale. Elle a été aussi membre du jury dans plusieurs festivals de cinéma, entre autres, le Festival du film francophone de Namur (Belgique) et le Festival du cinéma africain de Milan (Italie).
Le principe du message est que la solidarité doit faire partie des idées et des valeurs essentielles de la plupart des individus.
Chacun devrait, non seulement savoir de quoi il s’agit, mais y croire fermement, y rattacher une partie de son identité et de son estime de soi, sentir que lorsqu’il se montre solidaire, il est en accord avec la culture de son groupe d’appartenance et n’apparaît pas comme un naïf, mais comme une personne généreuse et sensée.

Idir AMMOUR

Vendredi 14 Décembre 2007

 

 

Mel Watni, quand le quotidien
d’une famille raconte la tragédie algérienne

A travers la réalisation de ce premier long métrage, Fatima Belhadj avait pour ambition de mettre sur grand écran les raisons profondes qui ont mené toute une nation à la tragédie et tout un peuple à vivre des années sanglantes

 

La salle El Mouggar a accueilli, samedi soir, la projection de Mel Watni, le premier long métrage de Fatima Belhadj, en présence de la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, de membres du corps diplomatique accrédité à Alger, de cinéastes, d’hommes de l’art et du spectacle.
D’une durée de 1h40, le long métrage, produit par la société Louna vision, évoque la tragédie qui a marqué l’Algérie durant les années 1990 à travers le prisme d’une famille modeste composée essentiellement de femmes.
Les spectateurs sont conviés à suivre la longue descente aux enfers de la famille El Batoul, une veuve qui vit avec ces cinq filles, son fils unique attardé mental Tamani et une vieille personne sans ressources qui a été recueillie par cette famille.
Il est à saluer le talent de Chafia Boudraa qui campe le rôle de la mère aux côtés, entre autres, des comédiennes Amel Himeur, Saliha Kerbache et Nidhal.
Afin de subvenir aux besoins de la famille, la veuve vend au marché des pâtes traditionnelles (couscous, rechta, trida…) préparées par ses propres filles qui attendent vainement leur «mektoub», le prince charmant qui les libérera d’un quotidien insipide.
A travers le huis clos de ces femmes, le film dresse un terrible tableau de la violence à tous les niveaux, une violence qui ensanglante le pays mais aussi une autre, terrible, intestine, celle de «l’enfermement physique, social, sexuel, symbolique. L’univers est simplement carcéral» tel qu’il est écrit dans le synopsis du film.
Le contexte tragique des années quatre-vingt-dix, apparaît d’abord par petites touches : des sirènes d’ambulances ou de voitures de police, des cris qui résonnent à travers les murs, le récit du rescapé d’un attentat.
Puis l’actualité va pénétrer au cœur de la demeure familiale lorsque El Batoul recueillera une jeune fille séquestrée, puis relâchée par les terroristes. Cette générosité, la famille d’El Batoul va la payer très chèrement. Le spectateur, qui partageait les joies, les colères, les peines et les préoccupations de ces femmes enfermées dans leur quotidien sans perspectives, est brusquement plongé au cœur de la tragédie avec des images d’une violence inouïe. Malgré le destin horrible de cette famille, une petite lueur d’espoir demeure car la plus jeunes des sœurs, qui est étudiante, avait pris son destin en main en fuguant avec son amoureux et a pu ainsi échapper au sort cruel qui a frappé sa famille.
A travers la réalisation de ce premier long métrage, Fatima Belhadj avait pour ambition de mettre sur grand écran les raisons profondes qui ont mené toute une nation à la tragédie et tout un peuple à vivre des années sanglantes. Lors de l’avant-première qui s’est déroulée au mois de septembre dernier, la réalisatrice avait expliqué que «Mel Watni, le titre de mon film, renvoie à cette tragédie nationale qu’on a vécue, cette violence extrême qu’on a tous subie». «Je voudrais dire que quelque part nous avons une grande part de responsabilité, on est tous responsables. On est appelé à revoir nos comportements, notre façon de voir les choses, d’aimer les autres et de les accepter tels quels. C’est comme ça qu’on pourra arrêter ce qu’on est en train d’endurer. Ce n’est surtout pas des décisions politiques qui vont l’arrêter», ajoutera la cinéaste.

S. B.

Mardi 11 Décembre 2007

L’actrice Soumia Bendekoum au Jour d’Algérie
Elle n’est plus cette femme anonyme des spots publicitaires mais une étoile du cinéma algérien. Aux yeux des spécialistes, cette graine de star qui se nomme Soumia est une étoile venue s’ajouter au ciel du 7e art algérien. Elle s’est imposée parmi le panel des actrices de la nouvelle génération telles Amel Himer, Nidhal Bouhecine, Salima Laâbidi, Fatiha Nesrine ou Louisa Tinhinane qui ont splendidement marqué nos deux écrans par leur talent conjugué au naturel simple. Cette actrice de talent a su mener ses grandes mutations depuis les spots télévisuels jusqu’au grand écran, en passant par les feuilletons. Soumia Bendekoum, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a pu même braver la vedette à ses consœurs dans le film sensation 2007, Mel Watni, qui sortira demain. Retenez bien ce nom forgé par l’œil alerté de cet autre grand nom des longs-métrages, Fatiha Belhadj. Une star des écrans est née !
Propos recueillis
par Fouad O.

Pour un premier long-métrage, quel sentiment vous a inspiré le chef- d’œuvre Mel Watni que vous avez monté avec la grande Fatima Belhadj? 
C’est une expérience fort intéressante et fort instructive en enseignement qui m’a ouvert grands les yeux et les portes du monde du cinéma. C’était aussi une expérience fort émouvante. Pourquoi ? Parce que, je ne vous le cache pas, nous avons vécu, acteurs et actrices, l’histoire avec plein d’émotions sincères. Le scénario était tellement captivant qu’il ne passait pas une scène où l’on n’a pas pleuré en tant qu’artistes. L’équipe du tournage ne cessait d’applaudir les scènes qui défilaient sur les plateaux que nous avons tournés.
Croyez-moi c’était si réel comme expressions sentimentales que l’on oublie parfois nos propres prénoms. On a fini par adopter les personnalités qu’on incarnait dans nos rôles respectifs. Vous allez être surpris en voyant le film. C’était plus que parfait, très profond ! Cela n’était pas chose aisée mais, c’est grâce à une dame qui a l’art et la manière d’extérioriser les profonds sentiments de chacun que nous avons réalisé ce succès. Ça nous a vraiment aidés et marqués. Je ne remercierai jamais assez Mme Fatima Belhadj que je salue au passage et lui souhaite pleine réussite.

Comment Mme Belhadj vous a accueillie en tant que débutante au 7e art et comment vous êtes-vous intégrée dans le groupe d’actrices de talent comme les célè-bres Chafia Boudraâ, Fatiha Nesrine, Salima Lâabidi et Amel himer…?
Avec une humble expérience à la télévision avec le feuilleton Hadath wa hadith diffusé deux ans de suite et dans lequel j’ai participé dans plusieurs rôles de sœur, d’épouse, de mère, de grand-mère, de femme travailleuse, etc. C’était pendant le ramadan 2005 avec le réalisateur Mohamed Oukaci et en 2006 avec Mme Belhadj. Dans ce feuilleton de 30 épisodes, j’ai réussi à jouer 30 rôles différents.
Des avis encourageants m’ont donné la volonté d’accepter le rôle de Safia. En bonne connaisseuse de personnalités et des capacités, elle a fait appel à moi. Je n’en croyais pas mes oreilles quand Mme Belhadj m’a proposé le rôle. Au début, j’avais peur. Mais sa confiance m’a aidée.
Elle m’a jugée bonne pour ce rôle et je le lui ai bien rendu en faisant de mon mieux pour entrer dans le scénario, pour plaire et être à la hauteur de la confiance mise en moi. Dieu merci, j’ai pu satisfaire, voire surprendre, sous l’égide de ses orientations bien entendu et les conseils de Lalla Aïni (Chafia Boudraâ ou El Bathoul dans le film, ndlr) qui ne ménage aucun effort pour aider par son savoir-faire et son grand talent. J’étais moi-même surprise de Safia, le rôle que j’ai joué.
La réalisatrice Mme Belhadj ainsi que toutes les actrices m’ont applaudie et m’ont beaucoup encouragée. J’étais très vite intégrée parmi des actrices de talent, que j’admirais en tant que téléspectatrice car l’ambiance était très conviviale et les bonnes conditions de tournage ont beaucoup aidé à faire un produit de qualité. Je ne m’étais à aucun moment sentie étrangère à cette famille de grands artistes. Nous devons tout à la réalisatrice qui a réussi à réinventer une vraie grande famille habitant Khemis Meliana (lieu du tournage, ndlr). C’était très bénéfique sur tous les plans. Inch’Allah ça plaira au grand public.

Le monde de la publicité vous a aussi aidée à devenir la star que vous êtes, n’est-ce pas ?
Pas tellement. C’est vrai peut-être que quelque part les spots publicitaires que j’ai faits ont été d’un apport psychologique dans le sens de pouvoir me familiariser avec les caméras, les projecteurs et certaines exigences du tournage sans plus.
Puisque la publicité ne vous donne pas l’occasion de vous exprimer et partant démontrer de quoi l’acteur est capable pour transmettre un message. La publicité qui demeure un art repose sur l’imagerie, c’est-à-dire la beauté de l’image.
Le message est matérialisé par la vulgarisation d’un produit palpable, concret et non basé sur un scénario et un dialogue.
Or, le tournage d’un film repose sur l’expression multiple de ou des acteurs dont l’ensemble des mouvements, du dialogue de l’interactivité entre eux avec des sentiments donne un produit dont le décor est un élément fondamental du message à transmettre.
Pour répondre clairement à votre question, j’ai fait école à Hadath wa hadith, produit par la télévision algérienne, mon diplôme c’est la confiance des réalisateurs et la reconnaissance c’est leur satisfaction.

Vous êtes jugée sur pièce, si j’ose dire ?
Absolument, au début j’étais hésitante et à un moment c’est le déclic. Tout le monde m’attendait sur scène. Les bonnes remarques et autres observations réconfortantes de la réalisatrice m’ont délivrée de toutes les hésitations. Toutes les peurs se sont dissipées sous les applaudissements de mes collègues.

Vous dissimulez une graine de star, Mme Soumia Bendekoum? 
J’essaye de ne pas décevoir. Je me donne à fond dans mon travail et je prends tout au sérieux. En regardant les efforts que fournit la réalisatrice pour gérer tout un plateau où plusieurs personnes sont devant et derrière les caméras, il y a de quoi exploser de fierté et suivre le bon exemple tout en pensant à faire un tant soit mieux le travail qu’on me demande de faire. Je suis très naturelle, c’est tout…

Quelle est la scène qui vous a le plus attristée ?
Ah, oui ! J’ai gravé en mémoire la scène quand ma mère me tirait par les cheveux pour me traîner au milieu de la maison par colère, sans avoir fait aucun mal.
Quand Lalla Aïni se met en colère, elle fait vraiment peur. En comprenant la déchéance d’une mère échaudée par tous les malheurs de la vie d’une veuve qui a à charge cinq filles exposées à tous les dangers et un seul garçon ne donne certainement pas la joie. On avait à peine perdu notre père (dans le film), après quelques mois seulement, j’ai teint mes cheveux, ma mère n’a pas aimé et elle a trouvé l’estocade pour m’acculer et me blâmer de ne pas respecter la mémoire du défunt. C’était très émouvant d’autant que
Mme Chafia Boudraâ a un cœur plein d’émotion et elle joue vrai. Ça nous a fait beaucoup pleuré et personnellement j’étais profondément touchée.

Ça vous a-t-il remué de tristes souvenirs ou êtes-vous susceptible devant ce genre de
scène ?
Non pas spécialement, je suis très sensible à ce type de scènes courantes dans la vie de tous les jours. J’ai la larme facile, comme on dit. Mais j’ai affectionné le rôle de Safia au point de croire à la fiction.

Y a-t-il d’autres scènes tristes ?
Quoique le film soit totalement tragique, la scène de ma mort m’a beaucoup touchée et là je n’en pouvais plus, j’ai éclaté en sanglots.

Parce que c’est la fin de ton rôle ?
La scène vient vers la fin du long-métrage, ce n’est pas le problème. J’étais tellement émue que j’ai même pleuré après le tournage pendant le visionnage. Les applaudissements de l’équipe me donnaient la chair de poule et me faisaient monter les larmes à la gorge !

Et quelle heureuse scène vous a marquée le plus ?
Toujours avec la mère El Batoul, elle commençait à rire de ses tripes quand je me suis mise à lui chanter. Faire rire Chafia Boudraâ, toujours grande et autoritaire, c’est un exploit, il faut le faire…
F. O.

Dimanche 09 Décembre 2007

chafia dans le role de batoul

mel watni «Pour que nul n’oublie»

Un film évènement? Mel Watni est aux yeux de sa réalisatrice un puzzle qui replonge les Algériens dans un profond regard évocateur de la tragédie nationale. Elle le veut un film pour la mémoire algérienne. Mieux, elle dit que c’est un miroir dans lequel l’Algérie se regarde et qui incite les Algériens à méditeer sur leur sort. Elle livre pour Le Jour d’Algérie sa vision à quelques heures seulement de la projection en prime de son œuvre aujourd’hui avant sa sortie dans les salles de cinéma vers la mi-décembre.

Propos recueillis par Fouad O.

Le Jour d’Algérie : Habituée du petit écran, vous faites une entrée au 7e art eu égard aux premiers échos très favorables pour un premier long-métrage qui sort aujourd’hui en prime. Vous avez mené une belle expérience télévisuelle. Pourquoi Mel Watni justement ?

C’est une interrogation que je me pose, que se posent tous les Algériens qui n’ont pas compris ce qui s’est passé ni ce qui se passe. Pourquoi cette violence et cette haine semées dans la société ? Pourquoi on est arrivé là ? Et qu’est-ce qui a fait que nous sombrons dans l’inconnu durant cette tranche de notre histoire pas honorifique. Car cette époque a terni la lumière jaillie de la guerre de Libération, nous avions des gens de renom qui ont honoré la société et l’histoire de ce pays. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, symptomatologiquement autant l’Algérie est le seul pays arabe qui a mené une guerre glorieuse, autant c’est le premier pays détruit pas ses propres fils. Du sang a coulé dans une même famille, voire entre le fils et son père. Peut-on oublier ces atrocités ? Ça m’intéressait, en tant que scénariste, comme sujet que j’ai écrit d’ailleurs avant les deux séries de télévision sus-citées. C’est dire que j’avais l’ambition de réaliser quelque chose pour le cinéma et j’ai monté le présent long-métrage.

Un témoignage sur les évènements de la décennie rouge ?

Non, ce n’est pas un témoignage comme vous dites mais c’est un film pour la mémoire, c’est pour que les générations futures n’oublient pas ce qui s’est passé. La question m’a traversé la tête un jour où je me demandais pourquoi la presse met en valeur la mort de quelqu’un de connu, alors que quand il s’agissait d’une famille qui est décimée quelque part, on dit «famille massacrée», dans l’anonymat, sans que l’on sache pourquoi. Moi j’avais envie de raconter l’histoire d’une famille algérienne simple, attentive à ses principes et très attachée aux traditions. Malgré les atrocités qu’elles subissent, les filles ne sont pas mariées, ne sortent pas, les rapports entre elles sont flibustes, la maman autoritaire leur impose tout, elles reçoivent les échos de ce qui se passe ailleurs à l’extérieur sans s’impliquer d’une manière ou d’une autre, jusqu’au moment où elles sont victimes de cette violence extrême. Elles deviennent la cible de la violence.

Vous avez figé vos sujets dans cette spirale de violence spécialement alors que loin du terrorisme, ces familles continuent de subir la hogra (injustice) dans l’Algérie profonde ?
Ce qui m’intéressait, ce n’est pas l’aspect technique, c’est l’humain qui m’intéresse le plus. Je ne suis pas pour l’exhibitionnisme technique de bien filmer un attentat par exemple ou autres effets spéciaux. Cela est secondaire, croyez-moi.


Vous avez sciemment substitué l’autorité de l’homme «totalitaire» par celle de la femme. Le choix d’une mère veuve est-il un choix délibéré ?

J’ai volontairement évité de poser la problématique de l’autorité dans les rapports hommes-femmes d’une part, puis l’idée de l’histoire de cette famille a ainsi émergé et s’est imposée comme telle. Pour moi l’homme et la femme ont tous deux subi les mêmes atrocités sans distinction de sexe ni d’âge.

Vu l’ambiance dans laquelle se tourne le film, les faits et avec le harem de femmes, votre scénario semble inspiré par la célèbre pièce de Bernarda Alba, de Garcia Lorca?

Je ne vous cache pas, en effet au départ, le squelette du scénario c’était la maison de Bernarda Alba. J’ai vu que l’ambiance et les personnages pouvaient être extrapolés sur l’histoire de cette famille. L’idée avait donc émergé de cette pièce mais qui est orientée ailleurs. El Batoul ne ressemble pas à Bernarda et les filles non plus. Elles ne subissent pas les mêmes violences ni le même sort. Absolument rien à voir. Il y a aussi un autre facteur qui m’a intéressé dans Mel Watni, c’est que les études des sociologues et des politologues prédisent que les facteurs causaux de la tragédie nationale sont politiques et économiques. Moi je dis non. Non, ça ne peut pas être que cela. Je me demande si le fait d’être chômeur, être sans toit ou célibataire mène forcément à verser dans la violence. Ces facteurs justifient-ils à eux seuls la descente dans cette horreur vécue ? Je conclus que si les facteurs cités ne sont pas négligeables, il y a d’autres facteurs encore plus graves qui ont fait que nous arrivons en conséquence à ce degré de situation douloureuse que nous vivons. On est en train, j’en suis convaincue, de vivre un problème d’identité qui se pose en premier lieu. L’identité est plus apparente dans cette errance que vit un large pan de la jeunesse. C’est dû, à mon sens, principalement à ce facteur très grave qu’on a omis, qu’est le colonialisme. Ça paraît démagogique mais c’est la réalité. Cette violence, à mes yeux, est l’héritage du colon. Pourquoi est-on violent et ce, avant même cette décennie ? Posons la question et essayons de chercher la réponse. Assurément nous allons trouver que ce caractère obéit à la loi naturelle de l’action-réaction. C’est ce qui a terni notre être, notre identité. Moi je crois, suite à toutes les atrocités coloniales subies, que nous vivons un complexe. C’est le complexe despotique.

Quel message veut transmettre Madame Belhadj ?

Honnêtement, je n’ai aucun message particulier à transmettre. Pour moi Mel Watni est cette sorte de miroir que je voulais, sincèrement, dresser en face de tout le monde. Mettre un miroir pour que la société puisse se regarder et garder en mémoire cette image et dire aussi voilà ce que l’Algérie a subi. Voilà des gens magnifiques qui sont partis comme ça bêtement pour rien, je ne veux nullement justifier que d’autres sont partis pour autre chose, loin de là. L’autre grande violence subie est ce déficit d’éducation. L’école ne véhicule plus les choses nobles. Elle a été fondamentalement ciblée ; aussi, on peut dire qu’elle est sinistrée. Il y a quelque chose qui cloche. Il y a de quoi être inquiété, s’interroger, d’où la grande question de Mel Watni.

Il y a dominance d’une forte dose de tristesse. D’aucuns vous diront que Mel Watni est un concentré d’émotions, d’évènements tragiques.

Il y a aussi beaucoup de scènes comiques où on se marre. Oui, j’ai voulu faire ce cocktail de rires et de pleurs. Car je n’avais pas l’intention de faire pleurer les gens mais de rapporter des faits tragiquement significatifs, maintenant si les spectateurs pleurent tant mieux. Cela voudrait dire que l’idée d’alerter l’opinion du drame algérien est atteinte…

Est-ce un style que vous voulez donner comme cachet pour vos œuvres futures ?

Je ne suis qu’à mes débuts, c’est un peu trop tôt de parler de style. En tous cas, l’essentiel pour moi restera ce côté humain des personnages.

Comment vous appréhendez les critiques et autres observations ?

Elles sont les bienvenues. Je les reçois avec plaisir d’autant que c’est mon premier long-métrage. J’en ai grand besoin pour situer les faiblesses, les erreurs et les points exagérés.

J’anticipe, si vous le permettez, en remarquant que vous avez opté pour une fin triste, voire chargée de tristesse. N’avez-vous pas mis une forte charge de vos propres émotions ? On vit une sorte de naufrage et point de salut. C’est le désespoir ?

Oui, c’est juste. Si le réalisateur n’a pas de charge émotionnelle à ressortir ce n’est pas la peine de faire un film. Un film sans sentiments n’en est pas un. Ce film attire l’attention de tous sur les faits dont nous avons tous goûté un bout plus ou moins amer mais c’est aussi pour dire attention nous ne sommes pas au bout du tunnel.

De quoi sera fait l’après-Mel Watni, côté projets ?

Je penche actuellement sur l’écriture d’un nouveau sujet tragique également dont le thème est les harragas. Un sujet certes choquant que l’on doit expliquer, traiter et prendre en charge. Je ne peux vous en dire plus, chaque chose en son temps…

F. O.

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